Accusation vs Connexion

En tant que militant d’une cause qui vous tient à cœur, quelque chose dans le comportement d’une personne vous active et vous avez envie de lui mettre les points sur les i ? Et si vous essayiez de le faire en CNV ?

Il était une fois*…

Un militant très engagé dans une association alter mondialiste et anti capitaliste et très au fait des logiques d’investissements dans le monde. Cette personne pleine de convictions participe à une action devant une grande banque pour sensibiliser le grand public aux dérives des fonds communs de placement.

La querelle

Une personne sort de la banque et se fait interpeler par le militant. Après quelques minutes d’échanges frais et courtois, le militant demande au quidam s’il pratique les fonds communs d’investissement. Et ce dernier répond « oui bien sûr ».

Le militant devient blême et se lance, le souffle court, dans une longue tirade, voix forte, muscles tendus, corps penché vers le quidam.

En investissant votre argent dans des fonds communs de placement, vous ne faites que soutenir les fabricants d’armes, de cigarettes, les négriers qui exploitent les travailleurs et même les enfants. Vous êtes complices de tous ceux qui nous empêchent de faire de ce monde un lieu où il fait bon de vivre. Vous devriez avoir honte !

Le quidam, après quelques secondes de tétanie que le militant interprète comme une reddition, hausse la voix :  non mais ça va pas non ?! Tout est de ma faute, c’est ça, je veux la fin du monde et le travail des enfants ! Mais pour qui vous vous prenez, sans rire ! Vous savez ce que je fais moi pour mes enfants ? Vous me connaissez ? Qui vous donne le droit de m’agresser comme ça, en pleine rue ?

Et le militant de repartir de plus belle sur les thèmes de l’aveuglement, du déni, de c’est bien gentil de s’occuper de ses enfants et les autres enfants dans le monde, alors.

Bref, la routine.

La confusion

Le quidam part, furieux, en jetant de façon très démonstrative la documentation qu’il avait pourtant accepté de prendre au début de l’échange. Le militant accompagne ce départ de vagues c’est ça oui c’est ça. Il est ensuite bien incapable de se calmer, il raconte vingt fois à ses camarades de militance ce qu’il lui ait arrivé, il n’arrive plus à discuter avec les gens qui s’arrêtent à son stand et il parvient même à faire fuir une dame qui était « intéressée comme ça sans plus » et lui répondant un c’est quoi sans plus? un peu trop piquant.

Que dit le militant de cette expérience ? Il dit qu’il s’est exprimé directement, avec son cœur, de façon authentique, comme il le pensait, car c’est important, c’est grave et il en a assez que personne ne prenne ses responsabilités ou persiste à rester aveugle à ce qui se passe.

Qu’a t’il fait ? Il a accusé le quidam, il l’a jugé et a généralisé son impact sur le monde à l’aune de son choix de placement. Il l’a invité à se sentir honteux. Le quidam a réagi à cette violence en étant à lui-même violent. Deux chacals extérieurs, toutes dents dehors, prêts à en découdre. Il aurait pu aussi se sentir coupable (le militant dit qu’il aurait préféré ça), se trouver vraiment nul de faire ça et repartir plein de honte et de dégoût de lui-même.

Aurait –il pour autant changer son système d’investissement ? Pas sûr mais ce qui est quasi certain c’est que ce sentiment de honte serait dorénavant associé à ce type de militant, sur ces sujets là, et qu’il ferait tout pour ne pas en croiser ou s’intéresser au sujet et finir par préférer le déni.

La déclaration authentique

Et lorsque le militant dit qu’il a parlé de façon authentique, il y a une autre confusion. L’authenticité en communication non violente définit la façon de parler de soi-même dans ce que l’on ressent. Oui il a dit ce qu’il pensait et quand il était dans le ressenti c’était en réaction à ce que faisait ce monsieur. Dans une expression non violente du même sujet, le militant CNV part de lui-même, de ce que la situation lui fait ressentir par rapport à des besoins personnels qui sont importants pour lui et finit sur une demande de connexion. Il n’accuse pas l’autre d’être responsable de son état. Oui, l’OSBD est très efficace aussi dans une communication d’engagement.

Voilà ce que cela pourrait donner :

Quand j’entends que vous avez placé de l’argent dans les fonds communs de placement je me sens découragé et triste parce que j’aimerais que nous consacrions nos ressources à ce qui nous tiens à cœur plutôt que de soutenir des fabricants d’armes, de cigarettes ou des industries qui exploitent les travailleurs, dont des enfants. Tout cela ne contribue pas à rendre ce monde plus paisible… Seriez-vous d’accord de me dire comment vous vous sentez quand vous m’entendez dire ça ?

C’est plus long, c’est plus lent, c’est par essence non violent, tourné vers la connexion avant la résolution et la conviction. Le militant part de ce que la SITUATION provoque chez lui. De ce sentiment, il exprime le besoin qui l’anime qui le fait se lever le matin pour faire le pied de grue devant la banque. Et ensuite, sans jamais avoir accusé la personne qui est en face de lui, il va à nouveau sur son territoire pour lui demander ce que ça lui fait à lui de l’entendre s’exprimer. Il n’est plus question du comportement de l’autre mais de son état authentique d’être humain.

La résolution

Cette déclaration n’a pas été testée ce jour là, avec ce quidam ci. Sur d’autres sujets, elle l’a été et le résultat est très différent. Il n’y a jamais de départ en fanfare, de cris et d’insultes. A minima, des yeux grands ouverts, quelques marmonnements et un départ en douceur. Déjà une belle victoire. D’autres fois, il y eut beaucoup d’émotions, sur des individus particulièrement empathiques (oui on peut être empathiques et avoir des fonds communs de placement), la connexion est passée par le partage de la tristesse. Souvent, la personne parle ensuite d’elle, de ses raisons et se questionne du coup elle-même sur ces choix. Et c’est le premier pas vers le changement : la connexion d’humain à humain, au delà de nos croyances, de nos représentations, de nos visions manichéennes.

Communiquer de façon non violente, c’est donc une démarche de traduction. Utiliser de façon différente notre langue maternelle, l’apprendre à nouveau, comme une langue étrangère. Quelle exaltante expérience !

Alors, si vous avez des textes que vous avez envie de faire traduire en CNV, n’hésitez pas, vous pouvez les partager ici !

* Cette histoire est vraie, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’est pas fortuite du tout !

Convaincre est-ce pacifique?

Chercher à convaincre, même pour ce qui semble être la meilleure des raisons, sans se relier de façon authentique à l’autre, sans s’intéresser avec bienveillance à ses propres motivations, c’est prendre le risque d’ouvrir un front orageux. N’avoir aucune intention a priori est la clef d’une communication pacifiée. 

Une fois encore, pas le courage d’ouvrir un livre en cette fin de semaine? Cette nouvelle chronique sur Néoplanète vous donne quelques clefs pour continuer à comprendre les enjeux de la communication non violence. C’est l’histoire d’un activiste qui veut entrer dans une centrale nucléaire et d’un représentant de l’ordre qui veut l’en empêcher…

Edouard Glissant, une pensée archipélique

En ce début d’année, le programme NoPeaceNoGain vous propose de prendre une grande inspiration dans le souffle d’Edouard Glissant.

L’homme

Né le 21 septembre 1928 à Sainte-Marie en Martinique et mort à Paris le 3 février 2011, Edouard Glissant est un écrivain, poète et essayiste français essentiel.

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Fondateur des concepts d’antillanité et de créolisation ses travaux les plus récents s’articulent autour du concept du Tout-Monde et interroge l’universalité. Ecrivain militant, il a cherché à définir une approche poétique pour la survie des peuples au sein de la mondialisation au travers l’idée de mondialité en opposition à la mondialisation économiste ou d’identité-relation contre l’affirmation de l’identité-racine à l’origine d’innombrables conflits.

L’œuvre

Essais, romans, poésies, théâtre, l’œuvre d’Édouard Glissant est immense, foisonnante, exigeante, inspirante. Ses archives personnelles ont été classées « Trésor National » en décembre 2014. Retrouvez l’intégralité de son œuvre ici.

La notion d’Identité-relation

Dans un article paru dans Le Monde en 2011 (date de sa mort), il expliquait sa vision de l’Identité-relation (en remplacement de l’identité nationale ou ethnique ou tribale) :

Les identités fixes deviennent préjudiciables à la sensibilité de l’homme contemporain engagé dans un monde-chaos et vivant dans des sociétés créolisées. L’Identité-relation, ou l' »identité-rhizome » comme l’appelait Gilles Deleuze, semble plus adaptée à la situation. C’est difficile à admettre, cela nous remplit de craintes de remettre en cause l’unité de notre identité, le noyau dur et sans faille de notre personne, une identité refermée sur elle-même, craignant l’étrangeté, associée à une langue, une nation, une religion, parfois une ethnie, une race, une tribu, un clan, une entité bien définie à laquelle on s’identifie. Mais nous devons changer notre point de vue sur les identités, comme sur notre relation à l’autre.

Nous devons construire une personnalité instable, mouvante, créatrice, fragile, au carrefour de soi et des autres. Une Identité-relation. C’est une expérience très intéressante, car on se croit généralement autorisé à parler à l’autre du point de vue d’une identité fixe. Bien définie. Pure. Atavique. Maintenant, c’est impossible, même pour les anciens colonisés qui tentent de se raccrocher à leur passé ou leur ethnie. Et cela nous remplit de craintes et de tremblements de parler sans certitude, mais nous enrichit considérablement.

A l’intérieur de moi j’ai la totalité du monde : Le Tout Monde

« Pour la première fois, les cultures humaines en leur semi-totalité sont entièrement et simultanément mises en contact et en effervescence de réactions les unes avec les autres ».

1997 marque dans la pensée d’Edouard Glissant l’apparition d’un nouveau concept, celui du Tout-monde, qui fait l’objet à la fois d’un roman et d’un essai savamment mêlés. Ce nouveau néologisme n’est pas une fantaisie, loin de là, puisqu’à lui seul, il opère la synthèse de tout l’infléchissement de cette pensée depuis le tournant des années quatre-vingt dix, où l’écrivain s’attache à penser l’interpénétration des cultures et des imaginaires.

Le Tout-monde désigne la coprésence nouvelle des êtres et des choses, l’état de mondialité dans lequel règne la Relation.

 J’appelle Tout-monde notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la « vision » que nous en avons. La totalité-monde dans sa diversité physique et dans les représentations qu’elle nous inspire : que nous ne saurions plus chanter, dire ni travailler à souffrance à partir de notre seul lieu, sans plonger à l’imaginaire de cette totalité. Les poètes l’ont de tout temps pressenti. Mais ils furent maudits, ceux d’Occident, de n’avoir pas en leur temps consenti à l’exclusive du lieu, quand c’était la seule forme requise. Maudits aussi, parce qu’ils sentaient bien que leur rêve du monde en préfigurait ou accompagnait la Conquête. La conjonction des histoires des peuples propose aux poètes d’aujourd’hui une façon nouvelle. La mondialité, si elle se vérifie dans les oppressions et les exploitations des faibles par les puissants, se devine aussi et se vit par les poétiques, loin de toute généralisation.

Le mental de la Paix

Si le programme NoPeaceNoGain vient se renforcer à la lecture des œuvres d’Edouard Glissant, c’est parce que le changement pacifique commence par un travail en profondeur sur nos schémas de pensées.

La perméabilité croissante des cultures, les interconnections permanentes, les flux incessants d’information et de partage mis face à la terrifiante réalité des changements climatiques, des pénuries annoncées, des déplacements en masse de populations en détresse nous invitent à sortir des conditionnements identitaires issus d’une époque révolue et qui aboutissent systématiquement aux conflits.

Comme nous le propose Édouard Glissant, osons un mental ample, ouvert, magnifiquement vulnérable (la pensée du tremblement) pour apprendre à accueillir l’autre et soi dans la paix et la créativité.

CieletEau

Rétrospective 2015

En cette journée de commémoration, NoPeaceNoGain a choisi de donner la parole à une jeune femme, Emma D. qui, du haut de ses 15 ans, nous livre sa vision du monde pacifié auquel elle aspire.

Peace

L’année 2015, notre passé proche. L’année 2016, notre futur proche.

Pour tous, l’année 2015 a été difficile à traverser. Pour cause, les attentats du 7 janvier et ceux du 13 novembre. Désormais ces dates sont ancrées en chacun d’entre nous. Et c’est en ce 7 janvier, en ce jour de commémoration, que nos pensées vont vers les hommes et les femmes tués ce jour-là.

Malheureusement, en plus des vies perdues, certaines de nos valeurs et certains de nos idéaux ont été blessés. En attaquant le journal polémique Charlie Hebdo, les assaillants ont attaqué notre précieuse liberté d’expression. De plus, derrière cet acte, la paix a été ébranlée.

Comment, après de telles horreurs, instaurer la paix ? 

Avec la colère et la tristesse, la haine peut ressortir dans de telles situations. Cependant, la vengeance n’atténuera jamais cette haine et ne fera que l’alimenter. Cette violence n’est pas apparue par hasard . Elle est née d’un conflit entre populations. Répondre aux actes terroristes par la guerre, et donc la violence, engendre un cycle de conflits très compliqué à arrêter. Répondre à la violence par la violence n’est pas la solution. La guerre et la violence nous font perdre notre humanité et toutes nos valeurs universelles. C’est pour cela que nous devons favoriser la paix et la solidarité planétaire. Pour construire un monde de communication, d’égalité, de paix, de compréhension et de solutions.

Quelles solutions pour contrer la haine ? 

Les tueurs des attentats n’ont pas assassiné par plaisir. Ils étaient animés par une conviction personnelle. Cette dernière nous parait bien entendu démentielle.

Pourtant elle est profondément ancrée en eux. Il faut tenter de comprendre ce qui les motive. Ce qui ne signifie pas être d’accord mais essayer de voir ce qui se joue à titre individuel dans cette tragédie.  Les provoquer, sans les écouter, ne fera que nourrir leur violence. Ils ne veulent qu’une chose, que les pays, comme la France, rentrent dans leur jeu pour pouvoir continuer à semer la terreur.

Notre passé nous en apprend sur notre futur.

L’Histoire humaine est passionnante pour plus d’une raison, mais la principale est les leçons du passé. La promesse d’une guerre est censée être la paix et un avenir radieux. Mais la réalité est le deuil, la destruction et la colère. Aucun réfugié de guerre ne vous dira que la guerre a été la meilleure solution. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, la paix n’a jamais été choisie collectivement. C’est donc une disciple nouvelle pouvant inquiéter  par son changement radical de mode de vie. La paix a souvent été négligée par les politiques, Mais après les attentats, après que cette violence guerrière nous ait paralysés, ne serait-ce pas le moment d’enfin agir pour la protection de notre futur de manière durable ?

Message au monde. 

De ces attentats, un message paix et de solidarité doit émerger. Aujourd’hui une guerre mondiale aurait des conséquences désastreuses. Toute cette communication violente, menée par de la haine, doit trouver un échappatoire dans une paix internationale. Cet objectif peut paraître fou et complètement utopique. Il faut s’en rapprocher le plus possible pour trouver une entente mondiale et durable.

Love

Transformer la violence en énergie

Pas le temps de vous plonger dans un livre sur la Communication Non Violente? 

Sur la radio Néoplanète, un petit format vous invite en quelques mots à sortir des jugements, de ce qui nous différencie de l’autre pour communiquer de façon authentique. Car nous avons tous les mêmes besoins. A nous de recycler notre violence, libérer notre élan à rendre la vie plus belle pour éviter les conflits et construire un rapport à soi et aux autres pacifié. Recycler? La Communication Non Violente serait écologique en plus?